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Crise financière à la SENELEC : L’urgence de combattre la presse de connivence



Crise financière à la SENELEC : L’urgence de combattre la presse de connivence

La "subite" crise financière qui secoue actuellement la SENELEC permet opportunément de s’interroger sur la présentation systématiquement idyllique dont cette entreprise publique a fait l’objet, de l’arrivée de M. Mactar Cissé (juin 2015) jusqu’à son départ (avril 2019). Le traditionnel rôle de veille de la presse a plutôt laissé place à un exercice digne d’un service de communication. Sous l’ère Mactar Cissé, ce qu’on pourrait appeler presse de contribution a été tellement généreuse dans sa servitude volontaire qu’elle est tout aussi disposée à servir aujourd’hui de passerelle à l’entreprise afin de juguler sa dette sur le dos du contribuable.

 

 
            Une presse de contribution

Ces dernières années, ni la communication de la direction de l’entreprise ni la production de la presse dominante, pourtant super prolixe sur cette société nationale, n’ont laissé entrevoir par des signaux objectifs annonciateurs la crise de la dette qui la fragilise actuellement. Plutôt, les performances de l’entreprise ont été  singulièrement mises en avant. D’ailleurs, elles furent l’une des principaux thèmes de campagne de la coalition au pouvoir lors de la présidentielles passée. Aujourd’hui, la communication de crise consécutive aux difficultés financières aigues de l’entreprise ressemble clairement à une forme de préparation de l’opinion vers une hausse des prix (c’est déjà le cas avec woyafol) et le retour imminent des coupures d’électricité (c’est déjà le cas aussi dans de nombreuses localités, même à Dakar).

 Mais qui n’a pas remarqué les innombrables ‘‘Une’’ et articles de presse (écrite et en ligne) ouvertement laudateurs tourné autour de la santé financière de l’entreprise et le tout grâce à son top manager M. Makhtar Cissé ? En regardant le rétroviseur, seulement de deux ans, c’est à peine croyable d’être en mesure de soutenir aujourd’hui que la presse sénégalaise a, en fait, participé à une vaste opération de manipulation. Sans être exhaustif, nous vous présentons la face visible de cette presse de contribution avec quelques titres d’articles de presse assez évocateurs pour témoigner de cette logorrhée médiatique aussi complaisante que trompeuse qui accompagné tranquillement M. Cissé :

Madiambal Diagne, « Les bonnes notes de Machtar Cissé », Le Quotidien , 13 mars 2017 ;

L’essentiel.sn, Mouhamadou Makhtar Cissé : les Secrets de la performance de la SENELEC, 13 mars 2017 ;

Yerimpost, Voici Pourquoi il n’y a pas de risque de délestages dans un futur proche ; (2018) https://www.yerimpost.com/voici-pourquoi-il-ny-a-pas-de-risques-de-delestages-dans-un-futur-proche/

Senegal7.com, « Gestion de l’Energie: La SENELEC renaît de ses cendres et affiche une bonne santé financière », 8 févr. 2017 

Dakaractu, « Analyse des performances de l’Etat : pourquoi la SENELEC carbure à fond », 13 Juin 2018 …

Cette exaltation par voie de presse des supposées ou réelles  performances de la SENELEC tout en occultant la réalité d’un endettement chronique de l’entreprise a-t-elle quelque chose à voir avec la personnalisation de l’entreprise durant le ‘‘mandat’’ de Monsieur Cissé  ?

En tout cas, aussitôt est-il parti, aussitôt la SENELEC a commencé montré son vrai visage, c’est-à-dire une société nationale comme les autres,  en crise  comme la Sonacos, le Port, la Poste, la SAR, avec une dette colossale et les mêmes problèmes structurels. Aujourd’hui, la communication de crise tourne plus autour de la dette de l’Etat envers la SENELEC et moins autour de la dette que la SENELEC doit elle-même épurer. La créance de la SENELEC auprès de l’Etat tournerait autour de 247 milliards. La structuration de cette créance de 247 milliards est à ce jour « mystérieuse ». Sa composition ne devrait-elle pas être exposée au public ? Du coté du F.R.A.P.P, nous avons consulté le dernier Rapport d’activités de la SENELEC disponible et qui date de 2017. Une question aussi importante que la précédente et qui est à peine explorée est la suivante : à combien s’élève la dette de la SENELEC, c’est-à-dire celle qu’elle doit aux fournisseurs, aux banques, aux assureurs ou encore à la sécurité sociale ? Dans le rapport précité le passif circulant de la SENELEC était de  227, 82 milliards en fin 2017. Ce qui correspondait à une augmentation de presque 9 milliards du passif de l’entreprise par rapport à 2016 (219,05 milliards). Cette dette n’a pu baisser que de 4 milliards, car elle était à la date du 31 août 2018, et d’après les données du FMI, de 223 milliards.  

En gardant le silence sur ces chiffres la presse sénégalaise inféodée a t-elle permis à l’ancien de se tailler de performances très en deçà de la réalité. Pourquoi aussi l’ancien DG n’a pas alerté depuis longtemps ? Il faut le dire, les dettes en question, aussi bien celles que doit l’Etat à l’entreprise que celles que l’entreprise doit régler aux près de ses nombreux créanciers, ne se sont constituées en un seul jour ni au bout de quelques mois ou encore avec l’arrivée d’un nouveau DG en avril 2019.

Nous le savons, la situation énergétique post-2012 était plus que favorable pour l’entreprise. Le prix du baril était passé de 140 $ 50 $. Pourquoi la SENELEC n’en a pas profité ? Même aujourd’hui le prix du baril n’a pas sensiblement augmenté. Il est actuellement entre 55 et 60 $. N’est-il pas temps d’agir sur les causes structurelles plutôt que sur les conséquences.

 Pourquoi la presse sénégalaise n’a pas fait son travail de veille et de contrôle sur ce secteur comme jadis, entre 2000 à 2012 par exemple ? Cependant, dans cette marée de connivence, il y a lieu de souligner quelques exceptions notamment le travail de fact-checking effectué par des sites comme Africacheck.org sur le secteur de l’énergie mais encore très peu connu du grand public. Le rôle de la presse devrait être d’interroger la communication souvent mielleuse d’une l’entreprise publique aussi sensible afin de la confronter aux vrais chiffres qui n’étaient pas pourtant tous synonymes de performances. Oui, rien n’empêche à la presse de relever les points saillants d’une gestion surtout lorsqu’ils sont positifs. La réciproque devrait aussi être en être de même lorsque les risques de crise sont bien établis par les rapports financiers.

Avec cette dette qu’on nous "vend " depuis une semaine, nous prépare t-on encore à supporter l’échec du gouvernement dans le secteur de l’énergie ?

 

 Une presse passerelle

Dans ce jeu pouvoir-presse, le premier y trouve bien son compte. Par l’instrumentalisation d’une partie significative de la presse, l’Etat produit lui même l’information qu’il souhaite véhiculer même si celle-ci n’a qu’un contact superficiel avec la réalité. L’objectif recherché étant de contenir la masse autour d’une information non "électrique" et standardisée.

Dans ce contexte de privation de la bonne information, le citoyen-consommateur n’y voit que du feu. D’une part, la fraude à l’électricité est constamment utilisée par la presse inféodée comme excuse et exutoire afin de culpabiliser le ‘‘consommateur-fraudeur’’. D’un autre coté, le même modus operandiemployé pour augmenter officiellement le prix du ciment semble se dérouler sous nos yeux en ce qui concerne l’électricité. Le consommateur pourrait encore une fois être la victime de la même technique de manipulation : problème – réaction –solution.

Etape 1 : soit l’entreprise avoue être en difficulté financière aigue, soit elle annonce qu’une hausse est inéluctable, soit elle augmente les prix unilatéralement. Elle peut aussi les employer de façon graduelle.

Etape 2 :L’Etat réagit soit pour dire qu’une hausse n’est pas à l’ordre du jour, soit pour rappeler qu’il lui revient à lui seul de fixer les prix, soit  encore il appelle à des concertations entre tous les acteurs du secteur concerné.

Etape 3 : L’Augmentation est officialisée !
Cette technique de programmation politique et médiatique de la hausse des prix, avec l’aide notamment de l’association pour la légitimation de la hausse des prix, ex ASCOSEN, semble être l’expectative la moins incertaine qui attend encore une fois le consommateur sénégalais inoffensif.

 

Et dans ce grand chamboulement des prix au détriment des ménages, le syndicalisme est faible. Aucune réaction digne de ce nom. Il faut bien que les travailleurs sachent que l’intégration des dirigeants syndicaux nationaux au Conseil économique, social et environnemental est un frein à l’action syndicale vigoureuse. Ce n’est point dans une assemblée consultative, qui se réunie à peine, que leurs revendications légitimes seront satisfaites. Le syndicalisme c’est le combat et non la sinécure. Il ne faut pas se voiler la face. L’augmentation des prix à la pompe, de la tonne de ciment, malgré nos trois cimenteries, de l’électricité, malgré le prix raisonnable du baril au niveau mondial, ne sont que les réponses faciles d’un gouvernement dispendieux en mal de solutions structurelles et en face duquel il n’y a pratiquement aucune force de résistance sociale digne de ce nom. 

 

 

Abdou Karim Salam

F.R.A.P.P.

Samedi 10 Août 2019


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